Régulation de la Libra : quelle posture pour les banques centrales ?

Avec le soutien de grandes entreprises telles que Visa, PayPal, Uber ou encore Spotify, Facebook a décidé de lancer sa propre cryptomonnaie. La firme compte offrir une certaine crédibilité à cette nouvelle monnaie grâce à l’association de 28 partenaires représentant certaines des entreprises les plus puissantes du monde.

Le secteur bancaire traditionnel et les gouvernements ont fraîchement accueilli la nouvelle après l’annonce de ce projet en juin 2019. À la suite de cela, un sommet réunissant les banques centrales du G7 se tiendra à Chantilly à la mi-juillet 2019. Il est en effet question pour les banques centrales de réfléchir à une régulation de cette cryptomonnaie.

 

Comprendre la Libra et son fonctionnement

Libra est donc un projet de cryptomonnaie initié par Facebook ; son cours sera indexé sur un panier de devises fiat qui n’ont pour l’instant pas été définies. Même si les observateurs s’accordent à dire qu’il s’agira très probablement du dollar, de l’euro, de la livre sterling et du yen japonais. Il s’agira à cet effet d’un stablecoin, à savoir une monnaie dont le cours sera stable afin d’éviter la spéculation. Une spéculation qui entraînerait une trop forte volatilité de la monnaie et un effet déstabilisant.

Là où cela devient plus intéressant, c’est que la cryptomonnaie de Facebook a vocation à s’échanger de façon instantanée. Cela signifie qu’elle ne nécessitera pas un passage préalable par le réseau bancaire traditionnel.

En effet, l’idée derrière Libra est que celle-ci puisse être échangée directement via messagerie instantanée (Facebook Messenger et WhatsApp notamment).

Et c’est bien là que cela pose problème aux banques centrales qui pour beaucoup de pays, ont affiché leurs craintes et réticences quant à un tel projet. C’est le cas notamment de la France et des États-Unis.

 

L’idée derrière la Libra

Il est donc question que la Libra puisse être échangée de pair à pair entre les internautes comme cela est déjà le cas via un système tel que PayPal. Les messageries des applications du groupe Facebook permettront aussi d’échanger cette crypto. Pour ce faire, Facebook compte mettre en place une application dédiée.

Il s’agira en fait d’un wallet qui permettra de stocker la cryptomonnaie. Pour comprendre, le rôle d’un wallet est de stocker de façon sécurisée des cryptomonnaies … Plusieurs dispositifs de stockage existent à cet effet.

La Libra pourra par exemple servir à régler des achats auprès de commerçants partenaires. Rappelons que nombre de grandes entreprises ont déjà rejoint le projet (28 exactement) et qu’à horizon 2020, Facebook table sur une centaine en tout. Avec à terme une utilisation généralisée.

Le livre blanc servant de guide pratique à ce nouveau projet de crypto spécifie que les intérêts perçus sur les actifs de la réserve seront destinés à couvrir les coûts relatifs à l’écosystème. Ils permettront par ailleurs de garantir les frais de petites transactions et à verser des dividendes aux investisseurs ayant permis de mettre le projet sur pied. Ces intérêts serviront en outre à soutenir sa croissance, ce qui permettra d’adopter la monnaie sur un plus long terme.

 

Les craintes autour de cette monnaie souveraine

Malgré les soutiens de poids et l’ambition du projet, la Libra n’est pourtant pas nécessairement perçue d’un bon œil par les administrations étatiques et bancaires.

En France par exemple, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a tenu à rappeler qu’une entreprise privée n’avait pas vocation à créer une monnaie qui concurrencerait des devises d’État.

Outre-Atlantique, les autorités américaines souhaitent d’ailleurs que Facebook se présente devant le Congrès afin de répondre aux questions des représentants. Il faut dire que Facebook est déjà sous le coup aux États-Unis d’une procédure judiciaire relative à la collecte et à l’exploitation de données personnelles des membres de son réseau social.

D’autres à l’instar de Tracfin, craignent que la cryptomonnaie ne devienne à terme l’instrument idéal à des fins de blanchiment d’argent.

Il existe en outre des risques macroéconomiques qui pourraient affecter les pays fragiles. Les différents mécanismes de transmission de la politique monétaire pourraient alors être fragilisés.

 

Comment les banques centrales veulent réguler la Libra

Au vu des craintes citées, il est donc question pour les banques centrales de se pencher sur une éventuelle régulation de la Libra. À ce titre, le FMI ainsi que les banques centrales des pays du G7 se réuniront pour analyser les aspects mis exergue par l’émergence de ces nouveaux moyens de paiement.

De plus, avec 2,7 milliards d’utilisateurs, les applications du groupe Facebook lui assurent un potentiel de clients impressionnant. Ce qui fait craindre notamment les représentants américains une domination et un pouvoir beaucoup trop grands d’une plateforme non régulée.

Quoiqu’il en soit, l’ensemble des autorités financières vibrent au même diapason. Il est question pour la Libra de se soumettre aux règles et normes régissant les activités de paiements et les banques.

S’il est clair que l’ambition affichée par Facebook est grande, son projet ne pourra sûrement voir le jour qu’en se soumettant aux règles en vigueur dans le secteur commercial et bancaire.

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